
Vous vous aimez, vous partagez les petits déjeuners et les fou-rires... mais dès qu'on vous demande « Et la suite ? », le blanc. Pas de mariage en vue, pas de bébé, pas de maison, pas même un « grand voyage ». Est-ce grave de ne pas avoir de projet commun clair ? Pas forcément. Mais le flou, s'il dure, peut ronger doucement. Ce texte est pour ceux qui ne veulent ni céder à la pression, ni se perdre dans l'indécision.
Quand le flou fait du bien
Il existe des périodes où ne pas avoir de plan est sain. Début de relation, reconversion, sortie d'une épreuve... Parfois, le couple a besoin de respirer avant d'aligner une « vision ». L'amour n'est pas un business plan. Il y a des couples qui se portent très bien avec un horizon souple, des projets par saison, une liberté assumée.
« On s'est rencontrés après deux divorces. On s'était juré : zéro pression. Un an plus tard, aucun "grand projet"... mais une envie intacte d'être ensemble. Et ça nous suffit pour l'instant. » - Sofia, 43 ans
Le tout est d'être d'accord sur cette souplesse. Si le flou est choisi, il peut être une force. Si le flou est subi, il mord.
Quand l'absence de projet devient douloureuse
Le problème n'est pas l'absence de plan, c'est le silence autour de ce qui compte. Le non-dit fabrique des films différents dans deux têtes qui dorment pourtant côte à côte. Et les malentendus, eux, ne préviennent pas.
- Chacun avance avec son scénario secret (« un jour, on aura un enfant » vs « jamais d'enfants »).
- Les décisions du quotidien (travail, ville, finances) deviennent explosives.
- La sexualité se fige, faute d'élan commun ou de perspective partagée.
« J'attendais qu'il me demande d'emménager. Lui pensait qu'on était très bien "comme ça". Je ne lui ai rien dit. Trois mois plus tard, j'ai explosé. » - Marine, 31 ans
Ce n'est pas « grave » de ne pas savoir. Ça le devient quand on ne se dit plus rien, quand l'un espère en secret pendant que l'autre temporise pour ne pas froisser.
Ce qui compte vraiment : valeurs, rythme, horizon
Plutôt que de cocher des cases (« bébé », « mariage », « maison »), mettez à plat vos valeurs et vos priorités. Le rythme aussi est crucial : on peut vouloir la même destination, mais pas la même route. Et l'horizon n'a pas besoin d'être millimétré : une direction suffit pour donner du souffle au quotidien.
Questions simples à se poser, sans pièges ni ultimatum :
- Qu'est-ce qui te rend fier et apaisé dans ta vie aujourd'hui ?
- De quoi as-tu peur si on « s'engage » davantage ?
- Qu'aimerais-tu vivre avec moi dans les 12 prochains mois (même petit) ?
- Sur quoi tu ne veux pas transiger (enfants, lieu de vie, fidélité, argent) ?
- Quel compromis te semblerait acceptable, temporairement ?
Ce n'est pas une enquête, c'est une mise en lumière. On ne cherche pas la réponse parfaite, on cherche la vérité des deux.
Comment en parler sans se blesser
Choisissez un moment calme, pas au bord du sommeil ni en voiture sur l'autoroute. Je conseille souvent un rituel simple : 15 minutes chacun pour parler, l'autre écoute, sans interrompre. Puis 10 minutes pour noter ce qui converge, ce qui diverge, et ce qui reste flou. Le flou identifié est déjà un pas.
Des phrases qui aident :
- « Je ne veux pas te mettre la pression, je veux me rapprocher de toi. »
- « J'ai besoin de comprendre ton rythme, pas de le forcer. »
- « On peut décider d'un point de rendez-vous dans trois mois. »
Et si ça coince, une séance avec un tiers peut déverrouiller sans prendre parti. Parler d'engagement n'est pas poser des menottes, c'est dessiner une carte.
Des projets souples qui nourrissent le lien
Tout projet n'est pas un monument. Les « micro-projets » entretiennent la complicité, l'intimité et la confiance.
- Un trimestre sans écrans au dîner, pour retrouver la conversation.
- Un weekend par mois hors de chez vous, budget serré, curiosité large.
- Un « test de cohabitation » de 15 jours avec règles claires.
- Un rendez-vous mensuel argent pour désamorcer les tensions financières.
- Un atelier ou un voyage désiré par l'un, soutenu par l'autre.
Ces pas modestes ancrent une direction. Ils valent parfois bien plus qu'un grand projet recité sans désir.
Alors, est-ce grave ?
Non, si vous pouvez dire où vous en êtes, même si c'est « je ne sais pas ». Oui, si l'un se tait par peur de perdre l'autre. Le couple n'a pas besoin d'un scénario parfait, mais il a besoin d'une parole vraie et d'une cohérence minimale entre envies, actes et délais.
« On n'a toujours pas de "grand plan". On a fixé trois repères sur l'année. On se parle mieux. J'ai arrêté de lui lire dans la tête. » - Karim, 36 ans
Si vos horizons divergent franchement - enfants ou pas, fidélité ou non, pays, style de vie -, regardez la réalité en face. S'aimer, c'est parfois reconnaître qu'on ne veut pas la même chose, et se séparer avec respect. S'aimer, c'est aussi accepter d'avancer pas à pas, avec un fil conducteur et le courage de se dire la vérité.
En clair : pas besoin d'un grand projet pour être un grand couple. Mais besoin, toujours, d'un cap partagé, même modeste, et d'un rendez-vous régulier avec ce qui compte pour vous deux.