
Ne jamais se disputer, ça sonne comme un conte de fées. Pas de cris, pas de portes qui claquent, pas de fatigue. Et pourtant, beaucoup de couples « sans conflit » viennent me voir, le coeur lourd, avec une impression sourde : quelque chose ne circule plus. Alors, est-ce un signe d'amour mature... ou un drapeau orange qu'on s'obstine à ne pas voir ?
Ne pas se disputer : douceur apaisante ou silence inquiet ?
Une relation sans disputes n'est pas forcément problématique. Certains couples parlent tôt, ajustent vite, et n'ont pas besoin d'éclats. D'autres, au contraire, évitent la tension, lissent tout, jusqu'à se perdre eux-mêmes. La différence ? La circulation des besoins. Peut-on exprimer un désaccord sans crainte ? Se sent-on entendu, même quand c'est inconfortable ?
« On ne s'est jamais disputés. Mais quand il dit "ça me va", j'entends surtout "parlons d'autre chose". J'ai la gorge qui serre. » - Claire, 38 ans
Quand l'absence de disputes est un bon signe
Oui, c'est possible. Certains couples ont une communication claire, un respect des limites, et une capacité à réparer rapidement les frottements. Ils ne « montent » pas dans le conflit parce qu'ils s'ajustent avant l'explosion.
- Ils parlent tôt, sans attendre d'être à cran.
- Ils savent formuler un non sans casser le lien.
- Ils font de la place aux émotions, sans dramatiser.
- Ils réparent : un mot, un geste, un rendez-vous pour clarifier.
« On ne s'écharpe jamais. On se dit les choses cash, deux cafés et on tranche. On se chamaille parfois, on rit, puis on avance. » - Jeanne, 60 ans
Quand le « jamais » devient un signal d'alerte
L'absence de disputes pose question si elle s'accompagne d'évitements. Derrière le calme, on trouve souvent la peur de déplaire, de perdre l'autre, ou l'impression que « ça ne servirait à rien ».
- Évitement : on laisse couler, on « relativise » tout. La note émotionnelle s'accumule.
- Peur : on n'ose pas dire ses besoins, on marche sur des oeufs.
- Désengagement : plus de disputes... parce que plus d'enjeu. On vit en colocataires.
« Chez nous, pas de cris. Mais pas de peau non plus. On ne se fâche pas, on se croise. » - Malik, 45 ans
Le risque ? Le ressentiment silencieux. On empile des « tant pis », jusqu'au jour où un détail déclenche une avalanche. Ou pire : l'un part, convaincu qu'il « ne se passe plus rien ».
Ce que révèle une dispute (ou son absence)
Se disputer, ce n'est pas « mal ». C'est une rencontre entre deux mondes intérieurs. Les disputes révèlent les besoins profonds : reconnaissance, sécurité, liberté, désir. L'absence totale de friction peut masquer un déséquilibre : l'un s'efface, l'autre porte tout, ou chacun s'isole dans sa bulle.
« A force de dire "comme tu veux", je ne sais même plus ce que je veux. » - Aline, 32 ans
Règle simple : l'harmonie n'est pas l'absence de conflit, c'est l'art de le traverser.
Comment faire circuler le désaccord sans se déchirer
On n'a pas besoin de se hurler dessus pour se dire la vérité. On a besoin de cadre, de mots simples, et de gestes de réparation.
- Choisir le bon moment : pas à minuit, pas en sortant du boulot. Fixez un créneau.
- Commencer par soi : « Je me sens..., j'ai besoin de... », plutôt que « Tu ne fais jamais... ».
- Une demande claire et concrète : « Peux-tu m'écrire quand tu es en retard ? »
- Limiter la durée : 20 minutes, puis pause. Le cerveau écoute mieux.
- Nommer l'objectif commun : « J'aimerais qu'on se comprenne, pas qu'on gagne. »
- Réparer une fois apaisés : un message, une main posée, un « merci d'avoir essayé ».
Ce n'est pas du théâtre. C'est une hygiène relationnelle. On ne cherche pas la perfection, on cherche la franchise aimante.
Si vous ne vous disputez jamais et que quelque chose cloche
Faites un mini-check-up en deux questions : 1) Est-ce que je peux dire non sans avoir peur ? 2) Est-ce que l'autre est curieux de ce que je ressens ? Si vous hésitez, commencez petit : un sujet à faible enjeu, et une demande très précise.
« On a instauré un "point météo" chaque dimanche : ce qui a fait du bien, ce qui a coincé. Dix minutes, montres en main. On n'a pas explosé. On s'est retrouvés. » - Hugo, 41 ans
Et si le silence est trop vieux, trop épais, demandez de l'aide. Quelques séances peuvent relancer la parole. Parler, ce n'est pas tout régler. C'est rouvrir les fenêtres.
En guise de boussole
Ne pas se disputer n'est ni un trophée, ni une faute. La vraie question : pouvez-vous vous dire la vérité sans vous perdre ? Si oui, votre calme est vivant. Si non, votre calme vous étouffe. Alors, osez un pas de côté, un mot vrai, un désaccord respectueux. Ce n'est pas rompre l'amour. C'est lui donner de l'air.